La prise en charge du rat est un problème de controverses épineux. Comme nous allons le voir une pluralité de solutions sont proposées par les acteurs. Au cœur de celles-ci, les débats s’articulent autour de la qualification juridique de l’animal, et les effets potentiels des techniques prônées sur le rat et son environnement.

 

          1. Gérer l’environnement du rat pour réduire son nombre

 

 

        Durant le confinement de la crise sanitaire du Covid-19, le Parisien a enquêté sur le rat en s’interrogeant sur son rôle dans la transmission des maladies. Le journal s’est notamment renseigné sur la prolifération de l’animal dans un écosystème perturbé par la raréfaction de la présence humaine dans les rues. Ses deux interlocuteurs principaux étaient Romain Lasseur, expert en toxicologie et espèces invasives, acteur pour qui le rat est “une espèce opportuniste, inventive et polyvalente”, et Paul Simondon, adjoint à la maire (PS), chargé de la Propreté et de la Gestion des déchets qui affirme que depuis le début du confinement, “on n’a pas constaté une activité plus notable [des rats]. Ni une augmentation des signalements des Parisiens via l’application “Dans ma rue” (qui permet de signaler toute anomalie, du stationnement gênant à la présence d’encombrants). D’après lui, quand les parcs et jardins ont été fermé pour cause de confinement, les poubelles des espaces verts ont été vidées » pour être sûr qu’il n’y ait plus ce stock de déchets accessibles”, ce qui aurait, toujours d’après Paul Simondon, résulté en “une réduction de 40% des déchets ménagers”. “Il y a beaucoup moins de débordements. C’est un apport de nourriture qui n’existe plus pour les rongeurs”.

Néanmoins, pour Romain Lasseur,

 

“le rat d'égout peut se mettre à la diète. Il est aussi capable… de manger son congénère et peut avoir des comportements plus agressifs, générés par la faim.” Par ailleurs, il estime que les rats “vont compenser leurs besoins alimentaires et aller dans des endroits où ils n'avaient pas l'habitude de fouiner. Même si les poubelles publiques sont moins remplies, celles des particuliers le sont toujours autant. C'est leur principale source. À partir du moment où elles sont sorties le soir et ramassées le matin, ça leur laisse toute la nuit pour prospecter”.

Cette idée est partagée par l’association de défense animale, Paris Animaux Zoopolis : sa présidente a indiqué faire pression depuis 2008 sur le cabinet de l’adjointe à la santé Anne Souyris pour que, d’une part, les poubelles soient relevées le soir plutôt que le matin, pour ne pas laisser à portée des rats des sources d’alimentation faciles à leur moment de sortie privilégié et d’autre part, pour que des poubelles hermétiques et refermables soient installées. Elles l’ont été mais en priorité sur des “grands axes et avenues, pas forcément où il y a le plus de rats” et leur déploiement aurait été entravé, d’après Jean-Raphaël Bourge, président d’Action Barbès (association fondée en 2001 pour améliorer de la qualité de vie des riverains du quartier parisien de Barbès). Dans un entretien accordé en avril 2020, J-R. Bourge estimait “assez facile” d’installer une poubelle hermétique mais qu’il fallait quelques heures pour le faire et que beaucoup voient leur porte battante cassée après le passage de cortèges de manifestations, et les destructions afférentes, ainsi, il faut parfois des interventions régulières de la mairie pour rétablir l’herméticité des poubelles.  

L’association Action Barbès s’est emparée du sujet de la prolifération du rat après avoir constaté et signalé à la Mairie de Paris la présence de nombreux rats sur des terrains en friche. Jean-Raphaël. Elle impute le temps très long d’élimination de la présence des rats dans les lieux signalés aux comportements de restaurateurs qui déposent de la nourriture “à même le sol” - mais “chez les politiques, on ne touche pas aux commerçants” - et aux “mamies qui nourrissent les pigeons” (notamment dans les squares de Jessaint et Alban-Satragne). 

Dans le contexte de notre entretien, l’image de la mamie qui jette du pain aux pigeons semblait être une hyperbole pour désigner ceux qui fournissent la rue et les parcs en denrées alimentaires prisées par les rats. Le chef du Service parisien de santé environnementale, le docteur Georges Salines, faisait un constat similaire en décembre 2016, dans un entretien accordé au Parisien : “nous allons aussi lancer une vraie communication pour éviter que des personnes nourrissent les pigeons et donc les rats. Ces nourrisseurs compulsifs sont une catastrophe sanitaire.”, disait-il. L’écosystème urbain dans lequel évolue le rat semble lui fournir naturellement les conditions nécessaires à sa nidification, à son alimentation et à son besoin de ronger ses incisives. 

          2. Dératisation(s) 

 


          L’action sur les ressources alimentaires du rat fait partie des mesures défensives contre la présence du rat, au même titre que l’élimination des nids de rat par injection de neige carbonique ou que la contraception des femelles, dernière technique en voie de développement. Il existe également des mesures offensives telles la prédation et l’élimination chimique - avec des appâts empoisonnés - ou mécanique, comme à Aubervilliers où la ville a installé un système de “guillotines” à rats dans ses réseaux d’assainissement. Les villes ont recours à ces moyens, non pas seulement par souci d’hygiène contre un rat pestiféré, mais aussi car les rats occasionnent des dégâts sur les infrastructures de la ville :

 

“avec leurs incisives hypsodontes qui poussent en permanence, ils vont créer des dégâts dans notre environnement, notamment des dégâts électriques, des affaissements de chaussées, de trottoirs, ce qui va occasionner des chutes”,

expliquait Pierre Falgayrac, dans l’émission “Les rats sont-ils nuisibles en ville ?” du Blob média, en avril 2019. Et plus que des chutes, parfois lorsqu’ils creusent des galeries souterraines ou rongent leurs incisives sur des câbles, ils peuvent causer des accidents mortels comme à Mumbai où on estime qu’ils sont responsables de la majorité des embrasements spontanés de véhicules du fait des court-circuits qu’ils causent en dénudant des câbles et en les déplaçant. Néanmoins, à Paris, il n’a jamais été prouvé que les rats soient responsables d’éboulements ou d’effondrements. 

 

  • « La lutte raisonnée »

 

La gestion du rat peut ainsi parfois être une question de sécurité publique, et les villes font appel à des consultants spécialisés pour gérer ce problème. Ainsi, P. Falgayrac, auteur du Manuel de Lutte raisonnée Contre les nuisibles en milieu industriel et consultant en éradication d’espèces invasives, est intervenu auprès de Marseille, du Royaume du Maroc et de la principauté de Monaco. Il expose son avis d’expert sur son site internet “Bloghyform” en prenant des exemples tirés des audits qu’il a réalisés. Il est emblématique de la lutte contre le rat dite “raisonnée”, c’est-à-dire axée sur la privation alimentaire et l’usage de doses minimales de rodenticides en étant stratégique dans leur déploiement temporel et spatial, notamment par une observation des cheminements et lieux de nidification des rats. Elle est aussi “raisonnée” en ce qu’elle procède, en amont, à un travail de pédagogie sur les changements de comportements humains (pour ne plus attirer les rats), et une dédiabolisation de l’animal, par ailleurs. En aval, elle recherche l’éviction la plus pérenne du rat des lieux où l’homme ne veut pas le voir. P. Falgayrac alerte sur bloghyform.wordpress.com,

 

“une majorité de dératiseurs professionnels sont des poseurs de boîtes en grand nombre ‘pour rassurer les clients comme eux-mêmes’”

 

pour souligner que ceux-ci n’agissent pas en stratèges, alors que les rats ont des stratégies d’évitement des pièges, ne se nourrissent pas tous en même temps et ne sont attirés que par des appâts plus appétissants que leurs repas habituels. Il détaille le raisonnement à avoir pour pratiquer la lutte raisonnée sur son site comme suit :

"Poser des dispositifs d’appâtage et des appâts dépourvus d’odeurs alimentaires puissantes est, au mieux peu efficace, au pire contre-productif : des consommations partielles génèrent des phénomènes de résistance aux [rodenticides anticoagulants] ; hors de la zone vitale parcourue par les rats est inutile." 

 

Il poursuit en expliquant que dans une population de rats, l’accès à la nourriture de chaque rat dépend de son rang hiérarchique, lequel dépend de sa force physique relative aux autres rats, il est soit alphas, bêta ou oméga. P. Falgayrac précise “les statuts ne sont pas figés et évoluent au cours de la vie des rats (moins d’un an). Les dominants écartent les dominés des points de nourrissage. Si la nourriture saine habituelle n’est pas supprimée, seuls des dominés bêta ou oméga consomment des appâts ». Autrement dit, les plus gros rats consommeraient leur nourriture habituelle et les autres celle empoisonnée si les appâts préparés par les dératiseurs ne sont pas bien autrement plus appétissants que l’alimentation habituelle du rat, lequel a une “olfaction [...] dix fois plus discriminante que celle du chien” indique Falgayrac. Ainsi, “tout dispositif d’appâtage doit être imprégné d’odeurs alimentaires, et manipulé avec des gants de peau, eux-mêmes imprégnés d’odeurs alimentaires”, tel le Viandox, utilisé pour une dératisation dans le quartier de Noailles à Marseille, telle montrée en photo par P. Falgayrac dans l’article contenant cette citation et intitulé “Pensée unique et poseurs d’appâts”, daté du 3 janvier 2019.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le crédo de la « lutte raisonnée » est partagé par des dératiseurs basés à Paris, tel l’entreprise historique Aurouze qui le reprend sur son site internet “pour une lutte raisonnée contre les nuisibles et parasites !” Néanmoins, tous les acteurs de la dératisation n’utilisent pas la méthode du dépôt d’appâts empoisonnés. 

 

 

  • La neige carbonique


          La “brigade citoyenne de dératisation” du 17e arrondissement, elle, utilise la neige carbonique qui quand elle fond asphyxie le rat. Grâce à la plateforme créée par son maire d’arrondissement, Geoffroy Boulard, “signalerunrat.paris”, elle identifie des zones d’intervention où elle se rend pour chercher les terriers des rats pour y enterrer la neige carbonique. Elle défend cette méthode, avec l’appui du maire d’arrondissement, comme un moyen plus efficace que les raticides traditionnels, auxquels, d’après l’étude de Romain Lasseur, cité sur le site “signalerunrat.paris”, “40 % des rats de la capitale seraient résistants”. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Cette neige carbonique a d’abord fait ses preuves aux Etats-Unis. Lancée par une entreprise de dératisation, la méthode a été homologuée par l’Agence américaine de protection de l’environnement. En effet, elle permettrait de lutter contre le rat sans perturber la faune environnante puisqu’elle élimine le risque “d’empoisonnement secondaire” des prédateurs du rats et des animaux domestiques.  En France, la neige carbonique n’est pas répertoriée comme biocide mais comme elle n’est pas non plus homologuée comme rodenticide, les entreprises de dératisation ne l’utilisent pas. Toutefois, la Chambre Syndicale 3D affirmait, lors d’un entretien accordé au magazine Sciences Avenir, en 2018, "qu’il n'est cependant pas exclu qu'un dossier soit monté pour demander une homologation. Mais cela peut mettre ensuite 5 à 6 ans pour que l'utilisation devienne effective."


Par ailleurs, le chef de service parisien de santé environnementale déclarait à France Info en février 2018 avoir “davantage de difficulté pour tuer les rats" en raison du règlement européen sur les biocides promulgué en mai 2012, restreignant l’utilisation des raticides anticoagulants qui sont responsables d’hémorragies internes. D’après la législation UE sur les biocides, les appâts ne peuvent plus être des granules déposées dans les nids de rats, mais seulement placés sous forme pâteuse dans des boîtes d’appât sécurisées, c’est-à-dire accessibles par un trou de dimension adaptées spécifiquement aux rats et rendant l’appât inaccessible aux enfants et aux animaux domestiques.

 

"C'est une bonne chose pour l'environnement, mais les rats consomment moins ces appâts, car ils n'ont plus faim" : ils sont repus après leurs virées dans les squares.”

 


Outre les considérations légales, la ville de Paris s’est également inquiétée de l’odeur putride diffusée par la carcasse d’un rat en décomposition. Elle s’est à ce titre, intéressée à des dispositifs tels les captures avec relevés réguliers ou la noyade dans une solution alcoolique. Toutefois, il lui est difficile de généraliser ces méthodes pour le moment car leur coût est plus important que les solutions standards à base d’anticoagulants.
 

         3. Le droit des rats en tant qu’êtres sensibles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


            Pour l’association de défense animale Paris Animaux Zoopolis, cette méthode est inadmissible et à proscrire, au même titre que toute méthode qui porterait atteinte à l’intégrité physique des animaux et leur infligerait “de la souffrance inutile”, nous disait la présidente de l'association Amandine Sanvisens, en entretien téléphonique en mars dernier. 


    Ces préoccupations éthiques ont donné lieu à une intégration du facteur éthique dans la dératisation avec une recherche de l’économie des souffrances infligées. En effet, l’agrément de piégeur reconnu par la municipalité comporte un module de deux heures sur la “connaissance des mesures propres à diminuer les souffrances des animaux capturés”. 

Mais pour de nombreuses associations de défense animale, comme 30 millions d’amis et L214, les droits animaux vont au-delà de la souffrance et c’est le statut même du rat en tant que nuisible qu’elles mettent en cause. Ainsi, elles signaient en octobre 2018 le courrier de Paris Animaux Zoopolis à destination de la Mairie de Paris pour souligner que les rats sont “des êtres doués de sensibilité, intelligents, sociaux et joueurs” et demander à ce titre de “cesser l’utilisation des anticoagulants,  pièges à alcool, et autres poisons.” Par ailleurs,  Paris Animaux Zoopolis faisait signer aux candidats en têtes de liste pour l’élection municipale de Paris en 2020 une liste d’engagements dont l’un était de “défendre le projet de cohabitation pacifique avec tous les animaux de la ville”.


Du côté du cadre juridique, ces revendications pourraient être concrétisées si les classifications officielles des rats comme ravageurs changeaient. Le juriste Jean-Pierre Marguénaud, dans son article de 2016 “L’élimination des animaux considérés comme une source originale de dommages”, expliquait qu’en France la liste des espèces nuisibles est établie annuellement par le ministère de la chasse en considérant les “trois motifs suivants : intérêt de la santé et de la sécurité publique ; prévention des dommages importants liés aux activités agricoles, forestières et aquacoles ; protection de la flore et de la faune”. Ainsi, ces décisions sont prises à l’échelle nationale bien que les animaux puissent représenter des risques et des atouts différents selon les régions où ils se trouvent. Il y a donc matière à débat.
Cependant, dans l’émission “Les rats sont-ils nuisibles en ville ?” du Blob média, l'expert en gestion des rats Pierre Falgayrac, prévenait contre l’image sympathique que les associations de défense animale cherchent à diffuser. Pour lui, cette image serait même contre-productive :

 


“Je ne pense pas que les campagnes qui ont été orchestrées ces dernières années pour stopper le génocide des rats, pour adopter un rat, comme on l'a vu dans le métro, [soient efficaces], ça c'est symptomatique de gens qui ont une vision parcellaire de la chose. Et c'est dommage parce que ça perturbe le grand public dans ce que devrait être la perception exacte du rat. ”

 


La perception “exacte” à laquelle il est ici fait allusion est le potentiel pathogène du rat qui est porteur de maladies transmissibles à l’homme, telle la leptospirose (c.f. noeud1). Il fait ici allusion à la campagne de 2008 de Paris Zoopolis qui présentait des rats mignons, sur fond rose, “aux antipodes de l’image noire”, nous disait à ce propos la présidente de l’association de défense animale Paris Animaux Zoopolis, ajoutant que l’adjointe aux espaces verts de Paris, Pénélope Komitès, a elle-même la phobie des rats. Ainsi, la déconstruction radicale des représentations du rat est une urgence pour Paris Zoopolis et ses consoeurs. 

 
          4. Alternatives à la dératisation à l’étude : prédation et                              contraception

 

 

  • Prédation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


          “Comment ré-enrichir de petits carnivores la ville, pour, invariablement, agir sur ces populations de rongeurs qui pourraient proliférer ou qui pourraient être trop nombreux, pour qu'ils deviennent – ce qu’ils sont au départ – des proies de ces petits carnivores [comme le furet, par exemple]”? C’est la question que se posait Benoît Pisanu lors d’une conférence au Muséum national d’Histoire naturelle le 19 décembre 2018. L’introduction de prédateurs du rat est le dispositif mis en place par plusieurs villes dans le monde, et notamment par Chicago, où le coyote est passé d’indésirable au statut d’espèce tolérée en ville parce qu'il chasse les rats. À New York, ce sont les Teckels et Terriers des particuliers qui sont sortis pour chasser les rats. Par ailleurs, l’usage de la neige carbonique pour dératiser à New York a l’avantage de ne pas nuire aux oiseaux de proies qui risquent des empoisonnements lorsque les rats avaient ingurgité des rodenticides chimiques.


Ce n’est pas la seule méthode alternative testée à New York : un plan de contrôle des naissances de rats y est à l’essai depuis 2013 dans le métro. Impossible pour le moment de quantifier son efficacité en ville. Il consiste à réduire la population de rats en amont, par une méthode contraceptive par voie orale appelée ContraPest. 
 

  • Contraception


         “Les composants chimiques détruisent les ovules [des rattes] dans leur plus petite forme pour que l’animal ne puisse plus ovuler” explique l'endocrinologue et chercheur sur les souris et rats, Pat Hoyer, au journal Wired (avril 2017), pour lequel cette dite “contraception” est en fait la provocation d’une ménopause, ce qui reviendrait à une stérilisation de la ratte.


L’entreprise à l’origine du produit [SenesTech] a été contactée par Paris Animaux Zoopolis, association de défense animale intéressé par cette alternative aux méthodes qui tuent les rats. La mise en place de la méthode connaît deux limites principales soulignées par la présidente de Paris Animaux Zoopolis : “il faut des apports réguliers du contraceptif aux mêmes femelles, ce qui est difficilement réalisable et coûteux] et que se passe-t il si le rat mâle ingurgite la nourriture contenant le contraceptif ?” “C’est pour le moment illégal en Union Européenne en raison des problèmes écologiques que cela pose, comme pour les contraceptifs pour femmes : leur rejet par les urines dans les cours d’eau provoque, notamment, la stérilité chez le poisson”, finissait-elle de nous expliquer dans notre entretien de mars 2020. Néanmoins, l’UE ne semble pas avoir été sollicitée sur la question (pas de publication sur le sujet), ce qui est peut-être dû au coût désincitatif de l’importation et utilisation des contraceptifs développés en Arizona qui n’aurait pas motivé des acteurs de la dératisation à demander l’autorisation de la méthode. Notons néanmoins que, comme le rappelait en interview Claudine Duperret, militante de la cause animale, “on le fait déjà avec les pigeons” à Paris depuis 2012 et dans de nombreuses villes européennes où des pigeonniers contraceptifs ont été placés, donnant des résultats satisfaisants : “à Gênes, on observe une diminution de la population de pigeons de 20 à 30 % la première année et,  jusqu’à 80% au bout de cinq ans” rapportait Franceinfo en mars 2017.


Notons que cette méthode est mise en avant par d’autres acteurs de la défense animale, telle Josette Benchetrit, auteure de la pétition “Stoppez le génocide des rats”. La position générale sur la question du point de vue de la défense contre les souffrances animales, est, pour A. Sanvisens, “entre ça [la contraception]et les tuer, je suis plutôt favorable à ça”. 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Josette Benchetrit a reuceilli plus de 20 000 signatures pour "Sauver les rats" en 2016


 

        Conclusion
 

         Au coeur de la controverse relative au rat parisien, éboueurs, égoutiers, mairie de Paris, dératiseurs, représentants de quartiers et associations de défense animale débattent des implications de la présence du rat à Paris. De ces débats et des différents instruments qui sous-tendent les arguments des uns et des autres, la qualification de l'utilité du rat dans un environnement à délimiter est en jeu. 
Nichés dans les failles structurelles des égouts, les rats aggravent le risque d’effondrement souterrain et leurs urines font proliférer des bactéries dans les eaux en sous-sol, au risque de contaminer les égoutiers. Toutefois, ils facilitent le désengorgement des égouts en consommant une part significative des déchets qui s’y trouvent.  


Par ailleurs, la remontée en surface de rats, quand elle n’est pas due aux crues de la Seine, est causée par les activités humaines, notamment par les fuites de gaz en sous-sol, vibrations de marteau-piqueur des grands chantiers de Paris, ou encore abondance de déchets dans les poubelles ou répandus sur le sol  par les Parisiens.
 
        La controverse se noue ainsi autour des questions de la quantification des rats, du danger qu’ils représentent et de la manière la plus efficace et responsable (notamment vis-à-vis des autres espèces de la ville, dont l'homme) de les prendre en charge. Ainsi, les noeuds de la controverse sont le produit d’enjeux de diverses natures :  moraux,  éthiques et scientifiques, quand il s'agit de décider du niveau de cohabitation tolérable entre homme et animaux, de catégoriser l’animal comme espèce nuisible et de juger si cette qualification justifie tout moyen d'élimination ; sont également en jeu des considérations économiques et logistiques quand aux techniques de dératisation à employer, selon le périmètre de dératisation le budget disponible pour la tâche.
Aux croisements de ces différentes problématiques, des figures différentes du rat se confrontent. Celui-ci est successivement "nuisible pour les infrastructures", "danger sanitaire", “indésirable par réputation”, “espèce méconnue”, “victime de l’activité humaine”, “animal à protéger”, "travailleur de la ville".


La question de l'organisation d'arènes de débats quant au devenir du rat reste un sujet ouvert.

 
 
 
 
 

©2020 Sciences Po - Master CMIC - Cartographie des Controverses

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