En entretien, Jean-Raphaël Bourge, président de l’association de quartier Action Barbès, rappelait : “Les rats ont contribué à la diffusion de la peste dans les villes tout au long du Moyen- ge.”. Ce rôle colle aujourd’hui encore à la peau de l’animal. Raison pour laquelle Amandine Sanvisens, présidente de l’association de défense animale “Paris animaux Zoopolis”, expliquait (dans l’entretien qu’elle nous accordait, en mars 2020) que la campagne d’affichage menée en 2018 dans le métro parisien mettant en avant un rat mignon et inoffensif visait à adoucir “l’image noire” du rat, qui domine dans notre représentation collective de l’animal en France. Or, les différents acteurs de la controverse n’ont pas la même proximité avec l’animal au quotidien et ne le voient pas dans les mêmes conditions. En effet, Jean-Raphaël Bourge, à qui nous présentions la position de Paris Animaux Zoopolis, réagissait avec ces mots : “s’il y a un moyen d’éviter la présence des rats quelque part sans solution chimique, je suis pour ! [Mais] quand on croise un rat dans sa cage d’escalier…[sic]”. Ainsi, le contexte d’interaction avec l’animal influence sa qualification de nuisible. Il s’agit d’explorer ici la manière dont les acteurs ont des conceptions divergentes des risques que peuvent porter les rats. Comme nous allons le voir, elles s’appuient sur des instruments et des preuves distincts.

          1. Le nombre de cas de maladies associées à la circulation                      des rats en question

 

          La question des risques sanitaires est liée à la question du nombre de rats à Paris, et au nombre de cas de maladies susceptibles d’être dénombrés. Ici encore, les discours sur le rat sont très différents selon le type d’expériences justifiant les positionnements. Les savoirs profanes des associations de protection animales et celles des experts en dératisation divergent radicalement sur ce point.

 

“On sait bien qu'on est en première ligne mais on sait aussi que ce n'est pas le moment d'arrêter les collectes en plein coronavirus sinon on aura les rats !”

 

déclarait au Parisien un éboueur municipal en activité durant le confinement de la crise sanitaire du Covid-19;  Régis Vieceli, secrétaire général CGT pour les éboueurs de la Ville, renchérissait  “nos métiers relèvent de la santé publique. On ne va pas rajouter de l'épidémie à la pandémie. » Est-ce que, comme le sous-entend ce commentaire, les rats représentent, un danger sanitaire pour les Parisiens ?

Le 27 janvier 2020, Le Parisien.fr titrait “30% des rats de Paris sont porteurs de bactéries pathogènes”. Le chiffre émane de l’étude du toxicologue spécialiste en espèces invasives, Romain Lasseur, pour qui,

 

“le rat brun en ville est porteur de toutes les maladies qui posent des soucis. Il est porteur de la leptospirose, une maladie transmissible à l'homme. En France, on en dénombre 600 cas par an. Il est vecteur aussi de la salmonelle qui semble être impliquée dans 30 % des cas de gastro-entérite.”

 

Romain Lasseur est docteur en toxicologie, et d’après l'article du Parisien, il a “réalisé sa thèse universitaire sur les rongeurs à l'école vétérinaire de Lyon”. D’après son profil Linkedin, il était “Responsable Technique International - Gestion de projets R&D” chez la société Sangosse, un commerçant en biosolutions, dont l’un des produits phares est l’anti-rongeur Frap®. Actuellement il préside la société qu’il a fondé, IZInovation, dont la mission est, d’après son site internet, de “supporter [ses] clients dans leurs missions et œuvrer pour la protection sanitaire des environnements contre les espèces invasives, les ravageurs et les agents pathogènes”.  L’étude a porté sur les excréments de rats de trois arrondissements parisiens, d’après l’article du Parisien. La taille de l’échantillon utilisé n’a pas été communiquée, ni sur le site d’IZInovation, ni par les médias l’ayant relayée. 

 

Au motif que “ses clients sont principalement des entreprises de dératisation”, Amandine Sanvisens (présidente de Paris Animaux Zoopolis), remet en question l’étude de Romain Lasseur dans l’entretien qu’elle nous a accordé en mars dernier. Elle mettait également en avant que la leptospirose, maladie pour laquelle les rats sont mis en cause comme transmetteurs, est faiblement dûe aux rats et que tout animal est porteur de maladie sans être pour autant qualifiable de nuisible. Pour elle, cette étude permettrait d’asseoir la légitimité du programme électoral de Geoffroy Boulard, le maire LR du XVIIe mobilisé pour l'éradication des rats. En effet, d’après le journal le Parisien, Romain Lasseur a “été missionné par Geoffroy Boulard, , afin de mener une étude sur le phénomène de prolifération des rongeurs à Paris”. 

Notons que Romain Lasseur a par plusieurs interventions privées et publiques présenté le rat comme un danger sanitaire. Lors d’une conférence à l’Ecole Nationale des Services Vétérinaires il met en garde les élèves sur un “monde de la protection animale qu’il faut comprendre pour échanger, accompagner, mais aussi savoir opposer quand l'approche de la protection de toute forme animale, notamment en ville, emprunte trop basiquement la voie de l'idéalisme écologiste et militant.”

 

Plus généralement, les associations de protection des animaux, comme Paris Animaux Zoopolis ou encore 30 millions d’amis, adoptent une position critique vis-à-vis des études épidémiologiques réalisées par les experts en dératisation. Pour ces acteurs, ces études renouvellent des stéréotypes qui pèsent depuis longtemps sur les rats. Claudine Duperret, membre d’une association de protection des rats domestiques et militante pour la protection animale, répondait lors d’un entretien qu’elle nous a accordé, sur la question des rats et des maladies que : “c’est fini, ça”, avant de rappeler que le rat présent dans nos rues est une espèce différente et de souligner que le rat est victime de son image de “bête féroce”. 

Les arguments que mobilisent les associations viennent notamment d’études historiques sur la gestion du rat à Paris. Pour elles, les cas de transmission de bactérie et virus par le rat parisien vers l’humain ne sont pas clairement établies à l’époque contemporaine. Les études des dératiseurs réactiveraient un imaginaire relatif à la dangerosité du rat. On retrouve ces arguments dans la littérature chez des auteurs comme Jean Vitaux, médecin et historien des pandémies, dans le chapitre 4 de son Histoire de la Peste, “La rémanence de la peste dans l’imaginaire collectif”  propose ainsi une vision historico-sociologique, voire psychologique, du problème des maladies liés aux rats et du problème de l’image négative du rat, encore présente aujourd’hui. Pour lui, que cette peur soit subjective (causée par des problèmes d’image) ou objective (le rat est dangereux car porteur de maladies), son rôle est et restera central dans les débats sur les risques sanitaires liés aux rats.

Autre fait intéressant, quand des associations communiquent sur les risques sanitaires liés aux rats à Paris, c’est le plus souvent dans les cas de rats domestiques. Le site de 30 millions d’amis avait par exemple relayé en 2009 une étude sur les cas de 30 infections au virus “cowpox”, un virus présent chez le rat qui se serait transmis aux maîtres des animaux domestiques. : “Les infections à cowpox sont rares mais pas exceptionnelles chez l'homme, mais c'est la première fois que la transmission du virus a été établie entre un rat domestique et l'homme, selon les chercheurs.” La question épineuse des maladies du rat sauvage est minimisée, voire ignorée (probablement volontairement) par les acteurs associatifs. Encore une fois, pour eux, le problème est ailleurs. 

Toutefois, quand des maladies autres que la peste sont mentionnées dans les débats, comme la leptospirose par exemple, les acteurs associatifs restent encore une fois globalement fidèles à leur argument. Philippe Reigné, co-fondateur de l'association Paris Animaux Zoopolis, dans un débat sur la propreté à Paris organisé sur BFM TV en février 2020, réagissait de manière virulente aux conclusions de l’étude de Romain Lasseur qui dévoilait que les rats étaient des porteurs de bactéries. Pour Philippe Reigné, cela ne prouve rien : toutes ces bactéries sont extrêmement communes, et ont autant de chance d’être présente dans des excréments de chien que de rat. Philippe Reigné termine sa réponse à cette question sur les maladies par cette exclamation : “Où sont les malades ?”. En effet, les études sur le cas de leptospirose liés aux rats à Paris sont encore peu développées et incomplètes, comme nous allons le voir : la question du rat comme vecteur de transmission comporte un certain nombre d’incertitudes, que les associations soulèvent pour pointer le manque de spécificité des études sur les risques attachés aux rats, à la différence de celles envers d’autres animaux.

 

On peut aussi rappeler que la question des risques potentiels que représentent les rats est intrinsèquement liée aux instruments de quantification présentés dans nos développements précédents. Considérer les rats comme vecteurs de risques sanitaires dépend en effet du nombre de cas de maladies qu’ils sont susceptibles de rendre visible. 

 
 

          2. Le travail incertain de spécification des maladies portées                     par le rat parisien

“Ce sont des animaux qui sont porteurs de pathogènes, de bactéries – éventuellement de virus. La plus étudiée, la plus connue, et donc la plus importante, c'est la leptospirose qui est transmise par l’urine des rats [sic]. Eux sont porteurs sains mais ils peuvent, par leur urine, contaminer l’eau potable.” 

- Benoît Pisanu

source : conférence “La saleté en ville | 1re Tribune du Muséum : la nature, l'avenir des villes” du 29 septembre 2018, https://youtu.be/uSodYZtsnB0?t=1836

 

          Un premier rappel est nécessaire : aujourd’hui, ce n’est plus le rat noir accusé de véhiculer la peste qui parcourt les rues de Paris, mais le rat brun. Pourtant, on l’accuse également d’être responsable de maladies. Parmi elles, la leptospirose est de loin la plus discutée et mise en avant par les médias, tout en étant paradoxalement une maladie peu connue, autant du public que des chercheurs. 

 

  • La leptospirose : une maladie qui va au-delà du rat

 

Source : leptospirose-prevention.fr

          La leptospirose est une zoonose bactérienne (maladie infectieuse des animaux vertébrés transmissible à l'être humain) de répartition mondiale, liée à la bactérie leptospira. Le nombre de cas est en augmentation dans le monde (actuellement près de 1 millions par an, avec une mortalité de 60 000, située entre 5 et 30% des cas, qui dépend de facteurs très nombreux et encore incertains). L’hôte le plus décrit est le rat brun (rattus norvegicus), mais la plupart des mammifères (porc, chien, hamster…) sont des hôtes potentiels.

La contamination de l’animal à l’homme passe par un contact indirect. La leptospirose étant présente au niveau rénal, c’est par le contact avec de l’urine infectée que la contamination se fait, au niveau d’une zone cutanée ou d’une muqueuse. La plupart des cas se développent à la suite d’un contact non protégé avec de l’eau ou de la boue contaminée (nage en rivière, inondation, marche sur terre humide). De rares cas de contamination par morsure (salive) ont également été relevés. Dans le cas du rat, on parle souvent de l’urine de rat présente dans les caniveaux, autour des poubelles, ou plus globalement dans les lieux de vie des rats, avec qui les parisiens sont en contact permanent. Alexandre Missoffe, candidat En Marche du 7ème arrondissement pour les municipales de 2020, avait notamment souligné lors d’un débat organisé sur BFMTV en février 2020 sur la propreté à Paris avec le directeur de Paris Animaux Zoopolis Philippe Reigné que les rats présentent un risque sanitaire fort, notamment dans les bacs à sable des enfants potentiellement souillés d'excréments et d’urine de rat, les jeunes pouvant être en contact, et ramasser des éléments infectés. 

En France, les cas de leptospirose sont en augmentation (0,6 pour 100 000 avant 2013, soit 600 cas, contre 1 pour 100 000 après 2014), ce qui est lié à une augmentation de pratiques à risque (canoë, trail, où on est exposé à de l’urine et de la bave de mammifères et rongeurs, diluées dans l’eau ou dans les flaques par exemple). Mais la maladie est beaucoup plus commune dans les régions ultramarines (DOM/TOM), où les contacts avec l’eau sont plus fréquents. 

 

Le ragondin, qui vit au contact de l'eau, serait un vecteur de leptosirose plus imporant que le rat

Études et rapports sur la leptospirose s’accordent sur un point : la méconnaissance de la maladie. Elle progresse et est fortement présente en zone tropicale, mais l’information à la population (risques, symptômes…) n’est pas développée car la recherche sur la maladie est en chantier. Bien qu’il n’y ait pas de recherche parisienne sur celle-ci, on peut regarder le résultat d'études réalisées ailleurs dans le monde pour appréhender le rôle du rat dans la transmission de la maladie. 

 

 

  • La difficile démonstration des effets des maladies portées par le rat parisien 

 

“Le rat brun est un super vecteur de diffusion de pathogènes sans en être lui-même affecté, de salmonelle, de leptospirose. La leptospirose est une maladie qui progresse à nouveau en France. On va probablement passer les 1.000 cas de leptospirose par an cette année. Ça pose un vrai problème de santé publique, les surpopulations de rongeurs, c'est un foyer de pathogènes."

Romain Lasseur, dans le Nouvel Obs 

 

         La controverse des rats à Paris résulte d’un problème fondamental, qui apparaît tout particulièrement quand on se concentre sur les connaissances scientifiques et les risques sanitaires : le savoir sur les rats n’est que très rarement un savoir sur les rats, à Paris. On greffe et mélange des savoirs sur les rats dans d’autres villes, des savoirs sur plusieurs espèces de rats. Il est impossible d’évaluer les principaux points de débats sur la présence et le rôle des rats à Paris, en prenant l’expression “les rats à Paris” d’un seul trait. Un tel problème rend à la fois plus complexe et plus intéressant la compréhension de la controverse sur le rat. Aucun savoir scientifique n’a tranché les questions relatives aux rats vivant à Paris. Les sources se confrontent, et nouent la controverse. 

Une étude brésilienne réalisée en 2017 a étudié les facteurs environnementaux des infestations de rats dans le bidonville de Pau da Lima, à la périphérie de la ville de Salvador. Ce bidonville a fait l’objet d’une étude en raison du grand nombre de cas de leptospirose, maladie bactérienne véhiculées par les rats dans leurs urines. L’étude a porté sur 32% des foyers de Pau da Lima (221/ 684 foyers). Sur ces foyers, plus d’⅓ étaient infectés par la leptospirose. Or, plus de ¾ des foyers infectés présentaient des signes d’infestation de rats, alors que ce taux descendait à ½ pour les foyers où la leptospirose ne s’est pas manifestée. Les auteurs de l’étude ont fait la topographie de trois variables environnementales : zones d’entreposage de déchets, égouts ouverts, systèmes de pompage des eaux de pluie. Fut constatée, par exemple, une très forte corrélation entre infestation de rats dans un foyer et forte perméabilité du foyer à la rue du fait de la présence de trous dans les murs ou de grillages endommagés. De plus, a été établie que la probabilité d’infection des foyers était proportionnelle à leur proximité aux égouts ouverts. 

Cette étude nous permet de tirer deux conclusions : la multiplication de rats dans des conditions favorables (eau stagnante, déchets, égouts ouverts…) engendre en effet un risque sanitaire avec une augmentation de l’incidence de la leptospirose. Mais l’autre leçon de cette étude, est que l’on ne peut pas appliquer directement la situation brésilienne à celle parisienne, car le contexte est extrêmement différent (urbain, taux d’humidité inférieur, meilleure gestion des déchets et des égouts). Les modalités de transmission de maladies du rat à l’homme dépendent de l’environnement dans lequel le rongeur circule. 

 

Une autre étude réalisée au Parc de Chanteraines dans les hauts de Seine à Paris entre 2011 et 2017 nous éclaire sur l’autre côté du problème. Sur 86 rats capturés, 16 types de parasites différents ont été trouvés, dont 7 bactéries pathogènes à potentiel zoonique (pouvant être transmise à l’homme). 21% des rats présentaient des bactéries Leptospirosa (la bactérie qui cause la leptospirose), avec 5 espèces différentes de la bactérie. 11 échantillons présentaient la bactérie Bartonella henselae, responsable de la maladie des griffes du chat, ce qui n’est normalement pas commune chez les rats bruns (la maladie peut prendre des formes graves chez l’homme). Le rat est donc bel et bien vecteur de bactéries potentiellement dangereuses, d’autant plus que certaines de ces bactéries, qui plus est, peuvent être transmises à des animaux de zoo, ou aux chiens. Cependant, l’étude n’a pas permis de modéliser des profils de parasites, car les échantillons étaient trop différents : la connaissance des bactéries que transmet le rat sont donc encore instables et dans un stade de recherche peu avancé, ce qui n’est d’ailleurs pas favorisé par la difficulté de capture

 

Graphique en réseau représentant les bactéries et virus portés par les rats capturés au parc de Chanteraines​

La largeur des traits correspond au nombre d'individus-hôtes (les valeurs correspondent au nombre de rat partageant les mêmes parasites) et la taille des ronds est proportionnelle au nombre d'hôtes infectés)

Il n’y a ainsi pas de consensus scientifique sur les modalités de transmission de maladies des rats à l’homme dans l’environnement parisien. Le rat est bel et bien vecteur de bactéries, de maladies, et pas seulement la leptospirose. L’impact et l’importance de ces risques restent encore méconnus des chercheurs. C’est la raison pour laquelle, le rôle de l’environnement du rat parisien fait l’objet d’intenses réflexions pour appréhender sa dangerosité et spécifier les publics les plus susceptibles de tomber malade à cause des rongeurs.

          3. Les vertus du rat dans l’écosystème urbain 

       Pour les chercheurs du muséum d’histoire naturelle Pascal-Jean Lopez, Benoît Pisanu et Pierre Falgayrac, véhiculer des bactéries pathogènes ne disqualifie pas l’animal en tant qu’espèce utile au regard de ses autres apports à la biodiversité. 

Tout d’abord, si le rat véhicule la leptospirose dans ses urines, il faut un contact direct et important avec elles pour en être affecté. Or, les eaux de la ville sont traitées pour ne pas laisser passer une telle bactérie jusqu’à l’eau acheminée aux Parisiens. Pour Pierre Falgayrac, “les seules personnes exposées à la leptospirose du surmulot, ce sont les égoutiers, qui doivent être vaccinés.”. Ce problème serait donc à traiter, en priorité, au sein des services dédiés à ces employés de la mairie. Ces acteurs cherchent ainsi relocaliser les risques du rat dans son environnement de circulation parisien, et auprès des publics qu’il fréquente de manière privilégiée.

Du point de vue des éboueurs parisiens, le rat est mis en scène comme un risque dans leur travail. Ainsi, le matin du mardi 9 décembre 2018, des éboueurs de Paris découvraient un bac à ordures grouillant de rats amoncelés en un monticule spectaculaire. Ils l’ont filmé, ont contacté le Parisien TV pour témoigner et notamment alerter sur le danger auquel ils se disent exposés au quotidien lorsqu’ils rencontrent des rats, lesquels auraient “de moins en moins peur” d’eux et n’hésiteraient pas à leur “sauter à la gorge”. La vidéo de la colonie de rats a été partagée sur la page officielle du Parisien le 21 janvier 2018 à 23h23 ; le lendemain à 8h23, elle avait été retweetée 750 fois ; c’est une audience largement au-dessus de la moyenne pour le compte Twitter du journal : le rat et les déchets à Paris est un sujet qui fait parler. 

 

Du point de vue des égoutiers, la position est ambivalente car le rat les aide et leur nuit. En effet, d’un côté le rat réalise une “prestation d’épuration” puisqu’il ronge le limon des caniveaux, permettant ainsi le lessivage des avaloirs d’égout, comme l’expliquait le chercheur en écologie P-J. Lopez en conférence au Muséum d’Histoire naturelle. Ajoutons à cela que Pierre Falgayrac, présenté comme “spécialiste des nuisibles urbains” par Le Figaro dans un article sur l’utilité du rat,  expliquait en 2016 que “3,8 millions de rats parisiens consomme, 9 kg de déchets, soit entre 30 et 34 milliers de tonnes au total.”. Dans une interview pour le média muséal Le Blob, il décrivait le rat comme animal qui “s’invite à nos tables sans trop nous nuire” en raison de sa capacité à consommer des déchets équivalents à 10% de son poids chaque jour. 

Ainsi, les rats pourraient faciliter le travail des égoutiers, mais aujourd’hui, Claude Danglot, médecin biologiste, interrogée par Marianne en mai 2020 pour réagir par rapport à la grève perlée engagée par les égoutiers de Paris début mai, se disait “très inquiète d'une possible contamination des rats au Covid-19 via leurs déjections". Cette inquiétude est partagée par les égoutiers qui ont déposé un préavis de grève le 11 mai pour que la Ville les dote mieux en équipements de protection et réalise des études plus approfondies sur leur exposition au Covid-19 à partir des eaux usées.

 

En somme, nous avons pu voir que le rat véhicule bien des maladies mais que le niveau de contact direct des Parisiens avec les rats est faible relativement à celui des éboueurs et égoutiers. C’est pourquoi, pour le docteur Georges Salines, chef du service parisien de santé environnementale de la Mairie de Paris, interrogé par Le Parisien en décembre 2016,

“Les rats sont une menace sanitaire réelle. Il n'y a pas de risque de maladie ou de peste... Que les parisiens se rassurent. Mais ce sont des problèmes de propreté ainsi qu'un réel désagrément visuel et psychologique”.

 

Il s’agit donc pour la ville de les prendre en charge non pas seulement par mesure de prévention sanitaire, mais aussi pour qu’ils n’incommodent pas les parisiens.

 

©2020 Sciences Po - Master CMIC - Cartographie des Controverses

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